C’est assez simple parce que c’est un peu toujours le même fonctionnement : il y a la plupart du temps quelqu’un de très intelligent, qui peut être bien intentionné, mais qui prétend mieux comprendre le monde que tous ceux qui l’ont précédé. Il veut mieux exprimer la vérité ou la foi, et les purifier. Il veut réformer le monde ou changer l’Église, pour qu’elle soit plus sainte.
Et travaillant à cela, il voit une partie de la vérité mais il en oublie ou affaiblit une autre.
Ce « grand esprit » est dans le domaine religieux un théologien, un exégète, ou un apologète. Dans le domaine profane, c’est un grand philosophe ou un grand savant. Bien souvent donc, il y a un grand penseur qui se focalise sur quelque chose de vrai et qui en fait un système faux.
Dans sa condamnation du communisme [1], Pie XI rappelait que « toute erreur contient une part de vrai », et que c’est cette part de vrai qui séduit. Le communisme dénonçait la situation des ouvriers dans le monde avec raison ; les analyses de Marx sur les mécanismes de domination en jeu dans le capitalisme et la lutte des classes étaient partiellement justes aussi. Mais l’idéologie qui est sortie de ce constat et de ces analyses a charrié beaucoup d’erreurs dont les conséquences ont été terribles. Le problème du communisme n’était pas d’abord dans le constat initial ou dans les analyses sociologiques de Marx, mais dans ses partis pris idéologiques et dans le fait que son analyse a été transformée en grille de lecture unique, en une unique solution à appliquer. C’est ce réductionnisme qui a transformé une riche pensée historique en une idéologie politique dangereuse.
La même chose est vraie aussi en-dehors du champ politique :
Il ne s’agit pas ici de critiquer ou de nier toutes les belles choses qui existent dans le protestantisme :
Mais du côté de la vérité de la foi, il y a manifestement quelque chose qui ne va pas : dès le XVIe siècle, selon que l’on suit Luther, Calvin ou Zwingli, on ne professe déjà plus la même foi ; et aujourd’hui, il y a une multitude effarante de communautés et de dénominations, et autant de professions de foi !
À son origine, les premiers réformateurs : Luther, Mélanchthon, Zwingli, Calvin et leurs successeurs, ont défini ce qu’ils ont appelé les cinq « solae » (de « seul » en latin).
Pour eux, c’est :
Ils ont proclamé cela et en ont fait la colonne vertébrale de leur doctrine … Mais ça ne va pas !
Car :
[1] Divini Redemptoris, 1937.
[2] avec certains bémols, comme celui dont Luther affecte la lettre de Jacques, qu’il qualifie d’ « Épitre de paille »