À l’inverse, ce qui s’écarte de la vérité, c’est l’hérésie, l’erreur ou l’idéologie

Comment fonctionnent les grandes hérésies, erreurs ou idéologies ?

C’est assez simple parce que c’est un peu toujours le même fonctionnement : il y a la plupart du temps quelqu’un de très intelligent, qui peut être bien intentionné, mais qui prétend mieux comprendre le monde que tous ceux qui l’ont précédé. Il veut mieux exprimer la vérité ou la foi, et les purifier. Il veut réformer le monde ou changer l’Église, pour qu’elle soit plus sainte.

Et travaillant à cela, il voit une partie de la vérité mais il en oublie ou affaiblit une autre.

Il y a le plus souvent un « grand esprit » qui rebâtit tout un système « à lui »

Ce « grand esprit » est dans le domaine religieux un théologien, un exégète, ou un apologète. Dans le domaine profane, c’est un grand philosophe ou un grand savant. Bien souvent donc, il y a un grand penseur qui se focalise sur quelque chose de vrai et qui en fait un système faux.

Dans sa condamnation du communisme [1], Pie XI rappelait que « toute erreur contient une part de vrai », et que c’est cette part de vrai qui séduit. Le communisme dénonçait la situation des ouvriers dans le monde avec raison ; les analyses de Marx sur les mécanismes de domination en jeu dans le capitalisme et la lutte des classes étaient partiellement justes aussi. Mais l’idéologie qui est sortie de ce constat et de ces analyses a charrié beaucoup d’erreurs dont les conséquences ont été terribles. Le problème du communisme n’était pas d’abord dans le constat initial ou dans les analyses sociologiques de Marx, mais dans ses partis pris idéologiques et dans le fait que son analyse a été transformée en grille de lecture unique, en une unique solution à appliquer. C’est ce réductionnisme qui a transformé une riche pensée historique en une idéologie politique dangereuse.

La même chose est vraie aussi en-dehors du champ politique :

  • Freud a perçu avec raison l’influence inconsciente de la sexualité sur le comportement, mais on a tout faux quand on réduit l’être humain aux seules catégories freudiennes ;
  • Nietzsche a des considérations justes sur la volonté de puissance, mais on ne peut pas bien sûr tout lire à partir de ce seul point de vue ;
  • Darwin a repéré quelque chose de vrai, le mécanisme de la sélection naturelle, mais il en a fait la seule explication de toute l’évolution et c’est devenu un système clos, incapable d’expliquer et d’intégrer les faits ultérieurement découverts.
  • Etc.

Le protestantisme est un cas exemplaire dans le domaine religieux

Il ne s’agit pas ici de critiquer ou de nier toutes les belles choses qui existent dans le protestantisme :

  • Ils ont été plutôt en avance dans l’étude historique de la Bible ;
  • Leurs fidèles ont parfois une connaissance des Écritures assez édifiante ;
  • Il y a surtout aujourd’hui, particulièrement chez ceux que nous appelons « les évangéliques », un dynamisme missionnaire admirable et impressionnant : ce sont eux qui provoquent à notre époque le plus grand nombre de conversions au Christ et les catholiques ont sans aucun doute beaucoup à apprendre d’eux sur ce plan ;
  • Ce sont eux aussi qui ont accueilli et initié les premiers les grâces du renouveau charismatique qui fait aujourd’hui tant de bien à l’Église,
  • Quant aux grandes dénominations historiques du protestantisme (luthéranisme, calvinisme, etc.), l’Église entretient avec elles un dialogue théologique plutôt fécond.

Mais du côté de la vérité de la foi, il y a manifestement quelque chose qui ne va pas : dès le XVIe siècle, selon que l’on suit Luther, Calvin ou Zwingli, on ne professe déjà plus la même foi ; et aujourd’hui, il y a une multitude effarante de communautés et de dénominations, et autant de professions de foi !

Le protestantisme est vraiment un cas typique :

À son origine, les premiers réformateurs : Luther, Mélanchthon, Zwingli, Calvin et leurs successeurs, ont défini ce qu’ils ont appelé les cinq « solae » (de « seul » en latin).

Pour eux, c’est :

  • Seulement l’Écriture[2],
  • Seulement la foi,
  • Seulement la grâce,
  • Seulement le Christ,
  • et tout cela pour la gloire de Dieu seulement.

Ils ont proclamé cela et en ont fait la colonne vertébrale de leur doctrine … Mais ça ne va pas !

Car :

  • C’est vrai que l’Écriture est fondamentale, évidemment. Mais on a déjà vu plus haut pourquoi il était impossible de recevoir l’Écriture en-dehors de l’Église : il faut l’Écriture & la Tradition.
  • Bien sûr qu’on est sauvé par la foi, mais une foi qui ne porte pas le fruit des bonnes œuvres est une foi morte : il faut la foi & les œuvres.
  • Bien sûr qu’on est sauvé par un pur don de la grâce de Dieu, mais si l’homme ne collabore pas, la grâce est vaine la : il faut donc tenir le salut par la grâce & les mérites de l’homme
  • Bien sûr que le Christ est l’unique Médiateur, c’est bien notre foi, mais c’est par l’Église qu’il exerce aujourd’hui son ministère : la médiation est donc du Christ & de l’Église.
  • Et enfin, dans le culte, il est juste d’adorer Dieu et lui seul & cela n’empêche pas qu’il nous demande aussi de vénérer la Vierge Marie & les saints.

[1] Divini Redemptoris, 1937.

[2] avec certains bémols, comme celui dont Luther affecte la lettre de Jacques, qu’il qualifie d’ « Épitre de paille »